Risque d’overdoses mortelles et de dépendance importante avec les nitazènes. stockforliving / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé d'inscrire les nitazènes, nouvelle classe d'opioïdes de synthèse (cf. Encadré), sur la liste des stupéfiants [1, 2]. La production, la vente et l’usage de ces produits sont interdits depuis le 9 juillet 2024.
En parallèle, l'ANSM alerte les professionnels de santé sur le risque élevé d'overdose associé à ces produits.
Les nitazènes sont des opioïdes de synthèse ; ils correspondent aux dérivés de la structure chimique 2-[(2-benzyl)-benzimidazole-1-yl] éthanamine : En raison de leur structure commune de type benzimidazole, les nitazènes sont également désignés sous le terme de « dérivés benzimidazolés ». |
Une puissance redoutable
« Ces composés, synthétisés dès la fin des années 1950 comme antalgiques, ont été rapidement abandonnés en raison d'un rapport bénéfice/risque trop défavorable pour un usage thérapeutique », explique l'Association française des centres d'addictovigilance [3].
La plupart des nitazènes sont plus puissants que la morphine, d'où la dangerosité de ces substances. Par exemple, l'isonitazène a une puissance analgésique environ 500 fois supérieure à celle de la morphine.
La consommation de ces produits expose à un risque élevé d'overdose même à faible dose, et accroît le risque de dépendance.
La circulation des nitazènes s'intensifie en France
Les nitazènes sont réapparus en 2019/2020 sur le marché des substances récréatives, seuls ou associés à d'autres stupéfiants dont l'héroïne. « Ils ont été détectés dans des échantillons supposés d’héroïne, de fentanyl, de cocaïne, de kétamine ou encore dans des médicaments contrefaits », indique l'ANSM.
Ils se présentent sous forme de poudre, comprimé, liquide, dans des sprays pour instillation nasale ou dans des e-liquides. Ils sont injectés, inhalés ou consommés par voie nasale ou rectale.
En Angleterre et en Europe de l’Est, plusieurs dizaines de décès en lien avec des nitazènes ont déjà été rapportés depuis 2023.
En France, le réseau d’addictovigilance a identifié des clusters d'intoxications graves depuis début 2023, en Occitanie et à La Réunion. Deux décès ont été rapportés.
Les signes de l'overdose aux nitazènes associent des troubles de la conscience, une dépression respiratoire et un myosis (pupille rétrécie). Ces overdoses peuvent :
- survenir brutalement, dans un délai très court après la prise, et entraîner une mise en jeu du pronostic vital, en raison de leur puissance ;
- ou se manifester plusieurs heures après la prise du produit.
Non détectable par le dépistage urinaire classique
Les nitazènes ne sont pas détectables par un dépistage urinaire classique (que ce soit par immunochimie ou criblage chromatographique de première intention). Il faut utiliser des techniques séparatives chromatographiques adaptées.
La présence d’héroïne, si elle est susceptible de positiver le dépistage immunochimique opiacé, n’exclut pas la présence d’un nitazène associé dans le produit consommé.
« Toute discordance entre les symptômes et les analyses biologiques et/ou la réponse à l’administration de naloxone doit faire évoquer la présence d’un opioïde de synthèse », prévient l'association des centres d'addictovigilance.
Il est recommandé de conserver les échantillons de produit consommé et les prélèvements biologiques à disposition, et de contacter le centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) du territoire afin de réévaluer la situation, et si nécessaire d'envisager une analyse toxicologique par technique spectrométrique.
Recommandations aux professionnels de santé
Outre la décision de classer les nitazènes sur la liste des stupéfiants, l'ANSM émet les recommandations suivantes :
- en cas de suspicion d'intoxication aux nitazènes, contacter le CEIP-A ;
- encourager la mise à disposition d'un ou de plusieurs kits de naloxone auprès des usagers et/ou de leur entourage. En cas d'overdose aux nitazènes, la dose nécessaire de naloxone à utiliser peut être supérieure à celle administrée pour d’autres opioïdes.
Plusieurs kits sont disponibles en pharmacie, avec ou sans ordonnance :
- PRENOXAD 0,91 mg/mL solution injectable en seringue préremplie : kit de naloxone injectable, disponible sans ordonnance médicale, remboursable sur prescription médicale ;
- NYXOÏD 1,8 mg solution pour pulvérisation nasale en récipient unidose : kit de naloxone nasale, sur prescription médicale, remboursable ;
- VENTIZOLVE 1,26 mg solution pour pulvérisation nasale en récipient unidose : kit de naloxone nasale, disponible sans ordonnance médicale, non remboursable.
[1] Les autorités de santé alertent sur la circulation croissante d’opioïdes de synthèse, dont une nouvelle classe particulièrement dangereuse, désormais inscrite sur la liste des stupéfiants (ANSM, 8 juillet 2024)
[2] Décision du 05/07/2024 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants (ANSM, 8 juillet 2024)
[3] Circulation des nitazènes, nouveaux opioïdes de synthèse et risque pour les usagers (Association française des centres d'addictovigilance, 4 décembre 2023)
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